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Interview de Théophile Monnier

(Par Antoine)

Il y a très longtemps dans un joli pays.... En fait c'était il y a 50 numéros, apparaissait une revue consacrée au jeu d'histoire. Beaucoup d'entre nous se rappelle de l'achat de son premier numéro et de la première lecture. Pour fêter ces 50 bougies un interview du créateur,Théophile Monnier, s'imposait ! Un grand merci à lui pour avoir répondu à toutes ces questions !

-) Peux-tu raconter rapidement comment est né Vae Victis ? Comment t'es venu l'idée ?

Le numéro 50 de VV comprend une description de la naissance de VV, je résume donc ici. J'avais l'intention de créer une revue sur les jeux d'histoire environ depuis deux ans avant VaeVictis, j'avais à l'époque créé Tactiques, le fanzine sur ASL et j'avais la conviction qu'une revue sur les jeux de stratégie pouvait marcher, mais c'était très difficile à mettre en place. J'ai cherché pendant plusieurs mois à convaincre divers éditeurs à lancer une telle revue ou au moins une rubrique, j'avais contacté pratiquement toutes les publications comme Historia, L'Histoire, les éditions Heimdal et bien sûr Casus Belli et Histoire & Collections. Du côté de Casus, Laurent Henninger a réussi d son côté à mettre en place le hors-série Wargames, et c'était déjà un grand succès pour notre communauté, mais Laurent était un peu un électron libre, chez Casus, il ne faisait pas partie de la rédaction permanente, et la direction de Casus n'a jamais réellement cru à ce projet, qui a été réalisé un peu en dilettante, mais il faut rendre gré à Laurent d'avoir réussi à faire publier trois numéros. Le succès de ce hors-série a sensibilisé le patron d'Histoire & Collections, François Vauvillier, à la possibilité de lancer une revue sur les jeux d'histoire et il lui manquait juste un rédacteur compétent. Comme je l'avais pas mal relancé à cette époque sur ce projet, c'est tout naturellement qu'il ma proposé de m'en charger. Il faut préciser que François Vauvillier connaissait le monde du jeu, étant un joueur lui-même, surtout avec figurines. Cela étant, je pense que le marché n'attendait que ça, et à terme, une revue aurait vu le jour chez un éditeur quelconque, c'était inéluctable.
Sinon, faire VV c'est la concrétisation d'un rêve d'enfant. Comme beaucoup, j'ai une vocation pour l'histoire militaire et les jeux de stratégie depuis tout jeune, et comme je suis un littéraire, on peut dire que j'ai accompli le rêve de ma vie, je voulais revivre les passions de mon enfance, et les plus belles satisfaction de mes années à VV étaient les lettres de jeunes gamins que je recevais, je me revoyais enfant !

-) Qu'est ce qui fut le plus difficile à mettre en place ? La maquette de la revue, l'organisation rédactionnelle de la revue, la création des premiers jeux, ou trouver des rédacteurs pour les articles ?

Les premiers mois de la création de la revue ont été épiques, nous étions tout simplement deux, François Vauvillier, qui s'est énormément investi sur ce projet, et moi, plus bien sûr des auteurs externes ! Le plus dur a été la maquette et la réalisation technique, et c'est essentiellement François qui s'est occupé de ces problèmes. Il a passé plusieurs mois très difficile à réaliser la maquette des premiers numéros et préparer la planche de pions, avec l'aide de Christophe Camillotte pour les silhouettes. De mon côté, j'étais chargé de former l'équipe rédactionnelle, ce qui n'a pas été une mince affaire car il fallait trouver des auteurs compétents, les motiver et leur faire pondre des choses intéressantes et exploitables? Je peux dire que ça été très dur mais passionnant, animer une équipe d'auteurs reste la chose qui me plait le plus dans la presse. Bien sûr, il a fallu rédiger les numéros, pour les trois premiers, j'étais épuisé, je rédigeais à l'époque la moitié du mag et je devais apprendre à réécrire et relire les articles des autres, sous la direction extrêmement exigeante de François. C'est vraiment là que j'ai appris le métier et c'est une chance, mais bon, ce n'était pas drôle tous les jours !
A partir du 4, c'est devenu plus la routine, j'avais plus d'auteurs, un maquettiste permanent, puis Nicolas Stratigos est arrivé comme assistant vers le 11, quand j'ai commencé Cyberstratège.

-) Le succès a t il été rapide et conforme à vos pronostics, ou avez vous doutez quelques temps de la formule ? Avec le recul ne trouves-tu pas que Casus Belli a été particulièrement frileux en abandonnant le Wargame pour se consacrer uniquement au jeu de rôle ? (Leur Hors Série aurait pu devenir bimensuelles comme VV D'ailleurs, à ce propos, avais-tu proposé le projet à la rédaction de Casus ? )

A mon avis, Casus Belli a raté une occasion en or, mais de toute façon, pour qui connaît le Casus de l'époque, il n'avait pas de projet de développement réel, c'était une bande de copains qui se faisait plaisir. Nous, à Vae Victis ,on avait beaucoup plus la gagne ! En plus, ils n'en avaient rien à faire des jeux de guerre ! VV a très bien marché tout de suite, ce fut une grande satisfaction. Nous étions super confiant dans la formule. Les ventes se sont maintenues d'ailleurs à un excellent niveau jusqu'à la sortie de Cyberstratège, qui a entraîné naturellement une petite baisse, mais le rythme de croisière se poursuit aujourd'hui. Les meilleures ventes ont été faites autour du numéro 13, on dépassait les 10 000 en kiosque ! VV reste une revue qui marche bien, avec un pool d'abonnés très fidèle, c'est une magnifique revue qui peut durer encore 50 numéros !

-) Dans quelles mesures des revues comme Strategy and Tactics et Casus Belli t'ont inspiré ?

Casus Belli m'a inspiré par ce qu'il ne fallait pas faire, c'est-à-dire des sujets trop exotiques et une approche d'experts (pour les pages wargames) ! S & T par le mélange histoire et figurines, mais je pense que l'approche générale de VV reste totalement originale. A mon avis, il n'y a pas d'équivalent dan le monde, c'est vraiment la revue telle que je la rêvais quand j'avais 17 ans?

-) Quelles ont été les critères retenus au début de la revue pour équilibrer les différentes sections (figurines, jeu sur carte, jeu vidéo,?)

C'est très simple, un part égale entre jeux sur carte, jeu avec figurines. Les jeux vidéo sont arrivés bien plus tard. La force de VV, c'est de n'avoir jamais voulu enfermer aucune façon de jouer, mais d'être resté toujours ouvert à toutes les formes de jeu.

-) Quel a été ta politique de choix pour les jeux en encarts et les jeux de figurines publiés par Vae Victis.

Il y a plusieurs règles qui s'appliquent, Nicolas Stratigos en parle très bien : bataille française – thème vendeur – jeu classique – jeu avec des systèmes plus originaux – thème plus original? On secoue et on essaye d'alterner harmonieusement, par exemple sur une année avec quelques thèmes vendeurs et un ou deux jeux plus exotiques, et quelques systèmes classiques et un ou deux systèmes innovants. C'est tout l'art de la rédaction en chef ! Cela étant, une règle essentielle à été de favoriser les batailles de l'histoire de France et d'éviter les sujets trop anglo-saxons tout comme les sujets rébarbatifs qui ne plaisent qu'à des minorités (les Aztèques?). Il faut savoir aussi que les lecteurs ont des goûts extrêmement classiques... parfois c'en est même décevant mais il faut faire avec !

-) Il me semble évident pour des raisons de coûts que VV n'aura jamais comme S&T de pions cartonnés. Par contre des Hors série consacrés à un jeu en particulier et avec des pions en cartons auraient pu voir le jour. Je pense notamment à un jeu comme Champs de bataille qui aurait pu se prêter à l'exercice ? Pourquoi n'avoir pas tenter l'expérience ?

C'est l'une de mes grandes déceptions, il aurait fallu convaincre François Vauvillier, je n'ai pas vraiment cherché à le faire. Si je n'avais pas lancé Cyberstratège, je l'aurais certainement fait, et Nicolas a d'ailleurs essayé après moi, mais nous n'étions pas décideur là-dessus et je pense que la direction d'Histoire & Collection n'a pas cru cela très intéressant. A mon avis, c'est une grosse erreur, d'ailleurs, c'est aussi pour cela que j'ai quitté H&C et monté ma propre boîte, pour pouvoir faire ce que je voulais comme projet? au risque de me planter d'ailleurs ! Il faut voir que dans le cas de Champs de bataille, il y avait tout de même le risque d'un procès avec WRG, qui ont édité les règles de DBM. Si un jour je fais fortune, je promets de sortir Champs de bataille et En pointe en jeu complet ! Juré craché !

-) De même Jours de Gloire, doublé d'un tournoi, est une très bonne idée. Qui l'a eu ? A ton avis la chose aurait-elle pu être tenter avec un autre jeu ou une autre période.

C'est Frédéric Bey qui a lancé ça. Et je tiens d'ailleurs à lui rendre hommage, Fred est un moteur pour le jeu d'histoire en France, peut être plus que moi. Il a un dynamisme et une énergie fantastique. C'est l'un des piliers de VV depuis le début? si un jour Nicolas passe la main, c'est à Fred, le troisième homme de l'équipe, de reprendre VV, ce serait mérité ! Ca montrer que tous les projet sont possibles, tant que quelqu'un peut s'en charger et centraliser le choses.

-) Une année, le championnat de France s'est déroulé sur Champs de Bataille. Pourquoi lexpérience n'a t'elle pas été reconduite ?

Ce championnat s'est assez mal passé, pour des raisons d'organisation diverses. On aurait pu le refaire, mais il aurait fallu qu'une association s'en charge, la petite équipe VV ne peut pas tout faire ! Cela étant, c'est très facile à monter, peut être que Strategikon.com pourrait proposer ça à VV !

-) Sur la période où tu as été aux commandes, as-tu un regret sur ce que tu aurais souhaité faire, et qui n'a pas pu se réaliser ?

Aucun regret, tout s'est super bien passé, à part les hors-série donc. Ce furent des années fabuleuses, on se faisait plaisir avec la revue, on bossait dans le bonheur, on était les rois, on recevait tous les jeux gratos?. C'est vers la trentaine quand j'ai commencé à diriger VV + Cyber que ça s'est compliqué, j'aurais souhaité avoir plus de responsabilité dans le groupe H&C et je me suis un peu clashé avec la direction? Faut dire que je suis un peu un mec chiant, toujours à vouloir plus et monter plus haut. Il était temps d'aller vivre une nouvelle vie professionnelle, sous peine de rester toute ma vie rédac-chef de deux revues, ça me disait pas trop, mais je regrette toujours mon petit bonheur de chez H&C, que Nicolas connaît bien. C'est une boîte fantastique, avec des patrons (FV et Jean-Marie Mongin) pas toujours facile mais doté d'immenses qualités, je les salue sincèrement.

-) Tu es à l'origine de « quelques-uns » des jeux en encarts de la revue. Quel serait ton tiercé gagnant ?

Sans hésiter : Champs de bataille – En pointe – Tunisie J'ai une sincère affection pour le troisième, le système est à mon avis très sympa et je regrette qu'il n'ait pas été plus utilisé. CdB et En pointe sont des systèmes de jeux fabuleux, il faut vraiment les sortir en jeux en boîte un jour. Concernant les jeux, il faut savoir que Nicolas ou moi nous avons réécrit la plupart des jeux de la revue, pour ma part, j'ai ainsi entièrement refait certains jeux publiés qui nous étaient arrivé dans un état désastreux? parfois en deux jours, d'où des résultats parfois brouillons !
Mais bon, c'est le lot du rédac-chef

-) Enfin deux dernières petites questions. Pensais-tu dès le départ que VV atteindrait le numéro 50. Et continues-tu de jouer à ASL, toi qui est devenu « l'apôtre » du jeu vidéo avec PC4war et Cyberstratège ?

Je ne me suis jamais posé la question, de toute façon, comme tous les rédac-chefs, je ne regarde pas les anciens numéros et même quand un magazine paraît, je suis déjà à fond dans le suivant, c'est de l'histoire ancienne. A mon avis, j'aurais pu rester le pape du jeu d'histoire si j'avais voulu, mais j'ai vraiment besoin d'évoluer constamment. Mon angoisse était de finir comme les papes américains, Berg, Dunningan ou Miranda, toujours à faire les mêmes jeux trente ans après ! Il faut savoir que j'ai découvert le jeu vidéo à l'âge de 27 ans, alors que je faisais déjà VV ! Il m'a fallu trois ans pour devenir une référence dans le domaine, c'était mon nouveau défi ! PC4War c'est la revanche de Cyber, avec la volonté de tout casser sur les ventes et de s'ouvrir à l'immense marché des jeux en temps réel, avec une approche toujours aussi stratégique. Pour la suite, on avisera? Mais sinon, je ne joue plus à ASL depuis pas mal d'années et c'est bien triste, mais c'est essentiellement une question de place et de temps. J'ai des enfants et à moins d'avoir une maison deux fois plus grande, je ne pourrais plus étaler mes cartes comme autrefois. En revanche, je joue encore pas mal à des jeux de plateau (je suis une terreur à Age of Renaissance !) et évidemment, Combat Mission a remplacé ASL dans mon c?ur? j'y passe mes soirées, je suis classé sixième au ladder français, j'adore ça ! Normalement, dans six mois, ma boîte emménage dans des nouveaux locaux, avec une salle de jeu juste pour moi. Là, je pourrais étaler tous mes vieux wargames avec mon associé Jean- Philippe (le seul homme au monde qui a fait un doctorat sur les wargames !) et là, si la boîte marche toute seule, faudra plus m'embêter, je rejouerais comme quand j'étais gamin !
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